• Document: Usage des ressources forestières en Guyane : de la tradition à la valorisation
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L’HOMME ET LA FORÊT Usage des ressources forestières en Guyane : de la tradition à la valorisation Marie Fleury - Christian Moretti - Didier Béreau Au carrefour des sciences naturelles et des sciences de l’homme, l’ethnobotanique est née au XIXe siècle d’une botanique économique et utilitariste, chargée de rechercher dans les colonies des matières premières nouvelles pour le commerce et l’industrie. La discipline a ensuite évolué vers l’analyse complexe des relations entre les sociétés et leur environnement végétal, et le concept s’est étendu à d’autres disciplines (ethnozoologie, ethnopharmacologie, ethnoécologie…) (Barrau, 1984). Ces dernières années, on assiste à un nouveau tournant dans le champ de ces ethnosciences, tournant lié à une prise de conscience, tant au niveau international qu’au niveau local, des enjeux autour de la biodiversité et de ses usages par les populations autochtones et locales. En effet, la Convention mondiale sur la diversité biologique (CDB) reconnaît l’intérêt que présen- tent « les populations incarnant les modes de vie traditionnels », pour « la conservation et l’uti- lisation durable de la diversité biologique » (Article 8), et préconise de « respecter, préserver et maintenir les connaissances, innovations et pratiques des communautés autochtones et locales qui incarnent les modes de vie traditionnels (…) et en favoriser l’application sur une plus grande échelle, avec l’accord et la participation des dépositaires de ces connaissances, innovations et pratiques et encourager le partage équitable des avantages… » (Article 8 J ). Or, c’est précisément le champ des ethnosciences de s’intéresser à ces connaissances et pratiques traditionnelles, avec, aujourd’hui, un nouvel enjeu : la valorisation, par les sociétés tradition- nelles elles-mêmes, de leurs savoirs et savoir-faire sur la nature. Cette démarche soulève toute- fois un certain nombre de questions, d’ordre éthique, social, environnemental, législatif et technico-économique, que nous allons étudier tour à tour. DROITS DE PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE : COMMENT PROTÉGER LES SAVOIRS TRADITIONNELS ? Dans le processus actuel de marchandisation et de mondialisation, il est souvent nécessaire d’at- tribuer une valeur économique à la nature pour pouvoir la protéger. Le développement des biotechnologies a fortement contribué à cette monétarisation de la nature. Or, les travaux des ethnobotanistes peuvent être utilisés par les laboratoires pour déposer des brevets et trans- former ainsi en marchandises des ressources génétiques qui résultent parfois du travail réalisé par de longues générations d’agriculteurs ou de cueilleurs (Dupré, 1996). Cette perspective utili- tariste de la nature et des savoirs traditionnels pose de nombreuses questions : Comment valo- riser les ressources naturelles et les savoirs qui leur sont attachés, sans spolier les populations détentrices de ces savoirs ? Comment assurer un partage juste et équitable des avantages décou- Rev. For. Fr. LV - numéro spécial 2003 291 MARIE FLEURY - CHRISTIAN MORETTI - DIDER BÉREAU lant de l’exploitation des ressources génétiques, comme le préconise la Convention sur la diver- sité biologique ? Comment faire en sorte que la valorisation soit faite dans une démarche équi- table, avec un juste retour au niveau des populations qui ont su conserver les ressources génétiques, et inventer des modes d’utilisation des végétaux ? Les savoirs traditionnels auxquels on s’intéresse se transmettent oralement de génération en génération, sans jamais avoir été transcrits. Contrairement aux savoirs codifiés (écrits), tels la médecine chinoise, ou l’Ayurveda (1), les savoirs non codifiés ne bénéficient pas de protection juridique positive. La généralisation des brevets est au cœur des débats sur l’appropriation et la marchandisation du vivant. Pour ses défenseurs, ils permettent la diffusion de l’innovation, lui évitant de rester confinée à un espace géographique restreint et s’affirment donc comme mode de protection nécessaire à la recherche et au développement. Les demandes de brevets sont alors présentées comme des indicateurs non pas du marché mais de la vitalité de la recherche et du développe- ment d’un secteur économique (Rozhkov et Ivantcheva, 1998 ; Wagret et Wagret, 2001). Enfin les royalties générées sont en principe partageables entre les inventeurs. L’article 8J de la Convention sur la diversité biologique traite du “partage des avantages” qu’ils soient sous forme de royalties ou d’autres formes de compensations, financières ou non. Avec l’application de cette convention, on espérait que les avantages générés permettraient de financer des projets visant à la conservation du vivant, et de rémunérer les communautés locales déten- trices de ressources ou de savoirs potentiellement intéressants pour l’industrie

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