• Document: LE HAMLET DE DANIEL MESGUICH: ENTRE EXEGESE ET MISE EN SCENE Note sur un spectacle
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LE HAMLET DE DANIEL MESGUICH: ENTRE EXEGESE ET MISE EN SCENE Note sur un spectacle A la question "Quelles sont pour vous les mises en scene des textes classiques qui ont ete marquees par les acquis des sciences humaines?", Jean-Pierre Sarrazac repond en citant spontanernent les mises en scene de Daniel Mesguich, qu'il associe directement a un courant de "lecture dramaturgique" particulierernent fructueux dans les annees soixante-dix. II precise que "Daniel Mesguich [... ] a monte Shakespeare beaucoup a la lumiere du freudisme, du Lacanisme, mais dans un esprit de deconstruction du texte". II ajoute: "Je crois que Daniel Mesguich est probablement le plus deconstructeur des metteurs en scene. II a une place a part a cet egard, une place tres singuliere. II n'abdique pas du tout sa personnalite. II passe au crible un questionnement freudien, si l'on peut dire'". Tout comme Antoine Vitez, Daniel Mesguich se veut un "metteur en scene lecteur" et il envisage le theatre comme une pratique critique, mais denuee chez lui de tout militantisme politique. Partisan du travail dinterpretation et de l' association d'idees, il definit ainsi le metteur en scene: "Aujourd'hui, le metteur en scene met autant en scene tel texte que du texte: cela est nouveau. [... ] [C]hacune de ses mises en scene resonne et vibre encore de ses mises en scene passees."? II precise: "Et un texte jamais ne se suffit: toujours il renvoie a un autre. Le metteur en scene moderne fait ecouter le texte par les textes, et de lui on pourrait dire que, mettant en scene un livre, il pense a tous les livres qui ont ete ecrits depuis le commencement du monde, jusqu'au jour -inclus- ou il met en scene ce livre."> Une telle conception de la mise en scene necessite de donner un nouveau statut au texte. Daniel Mesguich s'appuie sur le renouveau de la critique litteraire apporte par Roland Barthes, Gerard Genette ou encore Julia Kristeva. "Tout texte est un intertexte, ecrit Roland Barthes; d' autres textes sont presents en lui, ades niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables: les textes de la culture anterieure et ceux de la culture environnante; tout texte est un tissu nouveau de citations revolues.":' En adoptant la definition de Roland Barthes, Daniel Mesguich favorise une approche ouverte et plurielle de la lecture. Selon Daniel Mesguich, "[le metteur en scene] tient tout un texte pour un palimpseste. II part de la lettre mais, precisement, il en part, c'est-a-dire qu'il n'y reste pas, persuade qu'il est qu'elle le renvoie a une autre lettre, qui le renvoie a une autre .. ."5 La metaphore du "palimpseste" a ete associee a I'idee d'une "ecriture au second 81 C. Guidicelli LE HAMLET DE DANIEL MESGUICH: degre" par Gerard Genette, qui en deduit une nouvelle facon de lire: "Un palimpseste est un parchemin dont on a gratte la premiere inscription pour en tracer une autre, qui ne la cache pas tout a fait, en sorte qu' on peut y lire, par transparence, l'ancien sous le nouveau [... ] [U]n texte peut toujours en lire un autre, et ainsi de suite, jusqu' a la fin des textes."6 Integrant les notions d"'intertexte" et de "palimpseste" a son travail de lecture et de mise en scene, Daniel Mesguich met en exergue la culture et la memoire, necessairernent subjectives, de celui qui met en scene. Ce changement de perspective par rapport au statut du texte et a l' acte de lire contribue a redefinir la fonction du theatre. Le travail de Daniel Mesguich sur Hamlet s'inscrit entierement dans cette problematique qui met en valeur la lecture, l' interpretation et la polysemie du texte (polysemie d' autant plus visible que le texte de Shakespeare est soumis a la traduction). Hamlet est l'objet, de la part du metteur en scene lillois, d'un "work in progress" (selon ses propres mots). En effet, cette piece lui offre la possibilite, pour la troisieme fois en 1996, de mener un questionnement qui mele theatre, psychanalyse et philosophie.? 11 declare: "Pour moi, le plus grand theoricien, et je pese mon mot, est Shakespeare qui a lu Brecht et Artaud (c' est evident puisque je le monte apres avoir lu Brecht et Artaud) , qui a lu Marx, Nietzsche, Freud et Hegel et qui a ecrit un petit traite theorique ACTIF (voila la nouveaute) qu'il a intitule Hamlet." 8 Toutefois, dans sa troisieme version de Hamlet, les references philosophiques et psychanalytiques interviennent par le biais de dins d'reil plus ou moins explicites aux ouvrages de Jacques Derrida (Spectres de Marx) et de Jean- Francois Lyotard (Derive a partir de Marx et Freud). En outre, Daniel Mesguich use de ses references philosophiques, psychanalytiques ou de sa culture theatrale comme d'une sorte de metatexte qui viendrait a la fois gloser et deconstruire le texte shakespearien. A force de jouer sur les variations / declinaisons de "Etre ou ne pas etre" ou "The Time is out of joint" ou "Qui est la?", peut-etre Daniel Mesguich espere-t-il cerner le sp

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