• Document: Camérer, découper, déparalyser ou Le cinéma comme acte de la contingence Hervé Joubert-Laurencin
  • Size: 165.22 KB
  • Uploaded: 2018-10-12 07:35:49
  • Status: Successfully converted


Some snippets from your converted document:

2 Quaderns portàtils 22 Camérer, découper, déparalyser ou Le cinéma comme acte de la contingence Hervé Joubert-Laurencin 3 4 ----- 1 Un film existe. Il se nomme Le Moindre Geste. Deligny Fernand n’est pas pour rien dans son existence. Vous l’avez vu. Vous l’avez entendu. Vous pouvez le lire. J’en retiens quelques bribes : «Ici Deligny. […] espèce de bonhomme […]. Débile profond, disent les experts. Tel il est […], tel il est dans la vie […], tel il est pour nous […], porteur d’une parole dont je certifie qu’elle n’est pas la mienne. Peut-on dire qu’elle soit la sienne? Mais pourquoi faudrait-il que la parole appartienne à quelqu’un […] 1?» Ce film de cinéma a été montré dans le cadre du festival de Cannes, il est ressorti en salles en France en 2004, il est vendu aujourd’hui en dvd : tout cela est bien normal, car l’une des vies de Deligny a été celle d’un animateur de ciné-club, d’un militant de Travail et culture, Camérer, découper, d’un voisin et lecteur d’André Bazin, d’un correspondant de François Truffaut. Donc ce film est un film. Pour extraordinaire qu’il soit, à tous points de vue, il ne s’exclut pas, ni n’a jamais cherché à s’exclure, du monde du cinéma tel qu’il existe historiquement et socialement. déparalyser Je vais donc tenter de le confronter, abruptement, à une question générale, valable pour tous les films. Une question de théorie du cinéma. Il s’agit d’une vieille lune, d’un problème ou démodé, tenu pour ridicule et dépassé depuis quarante-cinq ans environ par les professeurs de cinéma, cette petite communauté sévère dont parfois je regrette de faire partie. La question est celle de la différence entre le découpage et le montage. Et plus particulièrement Le cinéma la définition et l’efficacité de ce qu’on appelle en français le « découpage » d’un film. Car pour ce qui est du montage, nous ne manquons pas d’exégèses ni de savantes explications, défenses et illustrations. Tant et si bien que le « concept de montage », comme on dit, comme acte de en vient souvent à tout recouvrir : la réalisation intégrale d’un film, sa pensée profonde, la 1 DEL, 608 [1971] (Fernand Deligny, Œuvres, édition établie par Sandra Alvarez de Toledo, éditions L’Arachnéen, Paris, la contingence 2007, p. 608. Les références à cet ouvrage seront désormais notées DEL suivi du numéro de page et de la date de publication ou de rédaction originelle entre crochets). Le texte complet, dit au début du film par la voix de Fernand Deligny off (simplement non visible à l’image car ce moment du générique, enregistré à Gourgas à la fin de l’année 1970, est le seul du film tourné en son synchrone), est : « Ici Deligny. Cette espèce de bonhomme, c’est la main d’un garçon de vingt-cinq ans qui l’a tracée. Débile profond, disent les experts. Tel il est dans Le Moindre Geste tel il est dans la vie de tous les jours que nous menons ensemble depuis dix ans et plus ; tel il est pour nous, source Hervé Joubert-Laurencin intarissable de rire aux larmes quoi qu’il arrive et, dans ce film comme dans la vie très quotidienne, porteur d’une parole dont je certifie qu’elle n’est pas la mienne. Peut-on dire qu’elle soit la sienne ? Mais pourquoi faudrait-il que la parole appartienne à quelqu’un, même si ce quelqu’un la prend ? » 5

Recently converted files (publicly available):